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  • Anne-Fleur Andrle

De L'Autre Côté du Micro avec Pauline Grisoni du podcast La Leçon

Mis à jour : janv. 26

Tous les 15 jours, j'invite un ou une podcasteur.euse de talent, connu ou moins connu, pour découvrir ce qui l'a inspiré à se lancer, son quotidien de créateur (ou créatrice) de podcasts, ce qu'il ou elle écoute, et ainsi le ou la faire passer de l'autre côté du micro.


Dans cet épisode, Pauline se confie sur l'histoire de son podcast et nous parle des épisodes qui l'inspirent :

  • Jusqu'où peut-on chercher l'amour, Transfert - l'épisode qui l'a profondément marquée

  • La rupture qui m'a fait grandir avec Manu Payet, La Leçon - son épisode chouchou

  • Transfert - le premier podcast qu'elle a écouté

Écoute l'épisode avec Pauline Grisoni juste ici.

Le tout premier épisode de cette série, c'est avec Pauline Grisoni que j'ai eu le plaisir de l'enregistrer. Vous pouvez l'écouter ici ou encore lire la transcription de notre échange ci-dessous.


Vous connaissiez Pauline Grisoni ?


Écoute l'épisode avec Pauline Grisoni juste ici.

Journaliste de formation a été chef de rubrique chez Cosmopolitan.fr pendant cinq ans. Et puis, un jour, on lui confie un article sur les business women. Et là, on lui suggère un peu, en passant, de demander, un peu comme une question bonus, de parler de leur plus grand échec. Et là, ding ding ding, je vous la fais courte. Mais six mois plus tard, Pauline sort son premier épisode de La Leçon. C'était il y a déjà trois ans, elle le dit elle même elle partait du niveau moins douze et pas du rez de chaussée. Pourtant, aujourd'hui, elle en vit. Et ces épisodes sont téléchargés plus de 120 000 fois par mois. Un parcours incroyable et inspirant. Puis, vous allez l'entendre, elle est comme sacrément drôle. On a vraiment bien rigolé.


Anne-Fleur Andrle (AFA) : Bienvenue dans Génération Podcast. Comment ça va?


Pauline Grisoni (PG) : Écoute, ça va hyper bien. Je suis très contente d'être avec toi, enfin, à travers des écrans interposés. Parce qu'on est un peu loin l'une de l'autre.


AFA Pareil ici. Ton podcast est d'ailleurs l'un des premiers podcasts que j'ai recommandés dans Génération Podcast, c'était dans le tout premier épisode. Du coup, c'est fantastique de pouvoir commencer cette série avec toi. Un grand merci d'avoir accepté mon invitation. Les accros aux podcasts en général pourront être d'accord avec moi quand on écoute tous les épisodes de quelqu'un. On a presque l'impression de le connaître. Alors du coup, j'aurai presque la prétention de dire que je te connais, mais certainement que je ne connais pas tout : est-ce que tu pourrais prendre quelques secondes pour te représenter et nous dire qui est Pauline Grisoni et donc plus particulièrement d'où est-ce que tu me parles aujourd'hui, quel âge tu as, ce que tu fais dans la vie, ainsi que ce que tu aimes faire dans la vie?


PG Mes copains m'appellent Paulette. Donc, vous pouvez m'appeler Paulette aussi. J'ai 29 ans. Je suis encore dans ma vingtaine. J'étais journaliste chez Cosmopolitan. J'étais chef de rubrique pendant cinq ans et figure toi que j'ai tout lâché pour vivre de mon podcast, il y a maintenant deux ans, mon podcast qui s'appelle La Leçon. Le podcast sur l'art d'échouer. Et dans la vie, j'aime beaucoup, beaucoup de trucs, un peu trop comme tous les journalistes. Tu sais, j'ai envie de changer de métier tous les quatre matins. Mais j'aime beaucoup avant tout la nature, la montagne, me ressourcer dans les espaces, les beaux espaces comme ça,


AFA Tu dois quand même être bien installée et heureuse à Paris. Petites randonnées sur Montmartre ?


PG Mes ambitions sont à Paris, et mon cœur à la montagne. (rires) Écoute, j'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'avais.


AFA Merci pour cette présentation. Est ce qu'on peut passer directement à ton podcast, justement? Il s'appelle La Leçon et ça traite de l'art d'échouer. Tu le sors tous les combien de temps? Depuis quand est ce que tu l'as lancé? Tu disais avoir tout plaqué il y a deux ans pour ne faire que ça. Et tu t'adresses à qui ?


PG Je sors un nouvel épisode tous les vendredis soirs à 23h30. Comme ça, je sais que vous l'aurez le samedi matin au réveil, pour faire votre petit dej, votre ménage, votre jogging. On sait toutes vos habitudes. On le sort en fonction. Je parle à des personnalités du cinéma, de la musique, du sport, de l'entrepreneuriat, etc. J'ai même eu Roselyne Bachelot, donc tu vois, c'est vraiment large et en fait, je prends un prisme un peu différent. Je les fait parler d'un échec, qu'ils ont vécu et de la leçon de vie qu'ils en ont tiré. Et après, on tire le fil un peu pour montrer qu'en fait, toutes les personnes qu'on admire, elles ont merdé comme nous tous, que ce n'est pas grave. Et puis que c'est nécessaire, même.


AFA Du coup, ça a été quoi, ton déclic? Et je me demande que s'est-il passé entre le jour du déclic et le jour où tu t'es vraiment lancée ? Le jour où tu as sorti ton premier épisode ?


PG Houlala, des mésaventures. J'ai eu cette idée et je ne sais pas si ça vous arrive, mais moi, quand j'ai une idée, c'est toujours un peu une fulgurance. Et je crois que toi, Anne-Fleur, t'es un peu comme moi.


AFA Carrément, ça devient une urgence absolue !


PG Oui, c'est ça, c'est une évidence. Et donc, du coup, ça, ça te donne tellement de courage. Cette sorte d'adrénaline que tu es persuadé que t'as l'idée du siècle. Que t'es un génie. Que c'est sûr que ça va fonctionner. Que vraiment, tu ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas. Tu vois l'idée, quoi ! J'en parle à ma mère qui me dit "c'est génial, vas-y". J'en parle à mon père qui me dit "Go" et je me dis bon, j'ai l'aval de papa, maman, tu vas vraiment là, ça pèse . Et j'ai eu mon premier invité six mois après : six mois à me dire "Ah, en fait, c'est pas si simple que ça d'avoir Marion Cotillard dans un podcast d'une inconnue." Et en plus, c'était il y a trois ans. Le podcast tu sais, c'était pas du tout mainstream et donc j'ai vraiment, vraiment, vraiment galéré. On m'avait dit oui, on m'a annulé au dernier moment, j'ai failli abandonner deux ou trois fois, mais j'avais acheté le matos, j'ai été bloquée.


AFA Outre l'envie de faire ton podcast, t'as aussi un petit peu envie de rentabiliser son investissement.


PG C'est ça. Et puis, tu te sens con parce que tu as commencé à dire à tes potes "Ouais, je vais faire un podcast" et tu ne le sors pas. Et finalement, au bout de six mois, je prenais un verre avec mon ancien rédacteur en chef, Julien Milanvoix. C'est quelqu'un de brillant, qui a une vision très intéressante. J'avais fait de la pige pour le magazine Lui. Je lui dis "Ecoute, j'ai cette idée, qu'est ce que tu en penses déjà?" J'essayais de le sonder. Et il me raconte une histoire de malade qu'il a vécu quand il avait 20 ans. Avec son groupe, son association hyper anarchiste, il avait essayé d'arrêter un G20 en Irlande ou en Écosse. Et en fait, tout a été une catastrophe. Absolument tout. Et son histoire était tellement drôle que je me suis dit Go! C'est avec lui, j'ai confiance, tu vois. Et ça m'a mis le pied à l'étrier, c'est comme ça que tout a commencé.


AFA Ton objectif numéro un avec ton podcast, c'est de dédramatiser les échecs finalement ?


PG C'est ça exactement. Et rire aussi.

Pour moi dans un épisode, on est là pour passer un bon moment, pour se marrer. Ça reste du divertissement, tu vois, je me prends pas au sérieux. Pour moi, c'est avant tout du divertissement et avec quelque chose d'intelligent. Faut rire.

AFA Oh que oui. On rigole bien quand même. Moi, j'ai déjà pleuré de rire en écoutant des épisodes de Pauline.

Écoute l'épisode avec Pauline Grisoni juste ici.


PG Attention, si vous l'écoutez dans les transports en commun, vous pouvez avoir quelques petites surprises, C'est clair (rires) ! Il a aussi un autre format que tu avais sorti cet été. Des formats hors série qui m'ont fait aussi beaucoup rire avec des copains. Vous répertoriez vos propres échecs ? En fait, je sors des hors séries un peu plus légers déjà parce que c'est très simple : sinon, ce sont mes invités qui parlent et moi, je suis très bavarde et moi aussi, j'ai envie de raconter des trucs. Et en fait, ces hors séries là, c'est l'idée de raconter mon pire fail de vacances, mes pires fails amoureux. Je vous invite à l'écouter en premier avec Alice David d'ailleurs. Mais aussi les pires fails à un mariage ou à l'adolescence. Le but c'est vraiment de rigoler. Et ça fait du bien. Tu vois, je parle d'Alice David, cette nana là, elle est actrice et elle cartonne. Elle est ravissante. En plus, elle est hyper sympa, hyper drôle. Et de se dire que la nana, elle est comme nous toutes. Ça fait vachement de bien et on passe un bon moment.


AFA Je crois que tu rends tes invités encore plus abordables, plus accessibles. Qu'est ce qui apporte du coup ton podcast quotidien à toi ?


PG Honnêtement, je me suis dit ça il n'y a pas longtemps. Ça me nourrit beaucoup, beaucoup, beaucoup. J'ai eu un épisode il y a pas longtemps génial avec Céline de Monicaut. Elle est créatrice de robes de mariée et elle a eu un cancer du sein. Et elle est à pisser de rire. Faut le dire, cette nana-là est hyper drôle et la façon dont elle raconte son histoire est non seulement hyper intéressante, hyper drôle et avec une vision de la vie qui est vraiment très touchante. Et quand elle est partie, je me suis dit que ça me rend humble de me dire "Oh là là, on accepte de me confier de beaux témoignages de vie et j'ai un moment privilégié avec quelqu'un". Je ne sais pas comment dire autrement, ça me nourrit vraiment. Au sens propre comme figuré car c'est mon métier aussi.


AFA Pour quelqu'un qui n'aurait pas encore écouté La Leçon : si on devait coûter un épisode, ce serait lequel et pourquoi ?


PG C'est pas cool, ça crée des jalousies entre les invités (rires). Mon épisode préféré, ever, c'est celui avec Manu Payet qui raconte son premier amour de jeunesse. Et la façon dont il raconte ça pourrait être un épisode tout pété en mode "oui, bon bah, ton premier amour. On a tous eu un premier qui s'est mal passé", mais tout ce qu'il raconte est à pisser de rire. Et on se retrouve tous à cet âge là. Avec nos ambitions démesurées, nos rêves, nos façons de se comporter avec le sexe opposé ou le même sexe, qu'importe notre orientation sexuelle. La façon dont il le raconte est non seulement très touchante. Il est hyper sincère dans ce qu'il dit et il est trop drôle. Moi, je l'ai réécouté trois fois alors que c'est moi qui l'ai enregistré. Je l'adore, je l'adore.


AFA Je me souviens de cet épisode et il est comme tu dis : il est très vrai. C'est impossible de pas s'identifier, de pas trouver un truc qui te rappelle ton adolescence à toi. Il a un recul de fou aussi. Il remet tout en parallèle par rapport à sa vie de maintenant, c'est vachement intéressant et il était encore, je crois, un peu ému par cette histoire. Je pense que c'est ça, on sent beaucoup d'émotion.


PG C'est vrai ! Donc c'est mon épisode chouchou. Là, j'arrive à 70 épisodes, donc ça commence à être chaud d'en choisir un.


AFA Si on parle un peu pratique de ton podcast : tu enregistres, est ce que tu enregistres en personne, en remote ou les deux ? Et pourquoi ?


PG Grande question. Moi, j'enregistre quand je peux. Par exemple, jeudi prochain, c'est pour la sortie d'un film. Donc, du coup, ce sont des journées où on enchaîne les journalistes dans une salle de presse, ça, c'est un peu moins drôle.


AFA Alors moi, je pense toujours à Notting Hill. Tu sais quand ça se passe dans l'hôtel chic, et ils font le marathon d'interviews, c'est comme ça que ça se passe en vrai ou pas ?


PG C'est exactement comme ça. C'est pas mon exercice favori, mais parfois, on n'a pas le choix. Mais sinon, j'enregistre chez moi parce que c'est vraiment un podcast intime. Il faut que je crée un lien avec la personne en face pour que l'épisode soit bon. Quand la personnalité vient chez moi, c'est un peu moins intimidant pour moi. Ça rééquilibre parce que la personne devient dans ton intérieur. Il y a toute une démarche. Et puis on se prend un petit café, on se pose. Ils se sentent beaucoup plus à l'aise que dans un café parce que finalement, on est chez quelqu'un. Et quand on prend un thé comme tout le monde. Et sinon, sur l'aspect pratique, j'ai une nappe avec la petite, le petit truc moelleux, tu sais en dessous que ma mère m'avait mis parce que sinon, c'est pas terrible pour la table.


AFA Un bullegomme, non ?


PG Ah oui, oui, c'est ça exactement. Et ça, ça éponge les sons trop métalliques et je suis à côté de ma bibliothèque. Et les livres épongent également le son. Vous pouvez vous mettre dans un canapé face à un mur. S'il y a un tapis, c'est encore mieux. Pour vraiment avoir un bon son.


AFA Par rapport aux enregistrements qui sont chez toi : les photos, tes jaquettes d'épisodes, c'est toujours une photo sur ton balcon ?


PG Ouais, c'est la tradition (rires).


Écoute l'épisode avec Pauline Grisoni juste ici.


AFA Il n'y a pas des jours où il pleut à torrent quand les gens viennent chez toi ?


PG Ben si ... tu verras, il y en a quelques unes sur mon canapé, mais à regret, je tiens à le dire parce que le balcon, c'est un peu la classe. Et puis, ces temps-ci, la tristesse, c'étaient des selfies des invités parce que je me suis fait voler mon portable. Du coup, je me suis fait voler mes photos à l'intérieur. J'étais dégoûtée. Genre Maxime Gasteuil, il était trop BG. J'avais pris une trop belle photo. Madame Monsieur, pareil, ils étaient adorables sur la photo, trop amoureux. Bon, ils m'ont tous envoyé de très belles photos d'eux, donc c'est vachement sympa. Mais c'était un peu frustrant.


AFA Tu fais des épisodes courts, tu as par exemple parlé de Roselyne Bachelot. Je me souviens que c'était un épisode assez court. Ou tu en fais aussi des longs, comme celui sorti cette semaine que tu as osé couper en plein milieu. Tu te réserves la liberté de suivre ton invité ou est-ce que tu montes beaucoup ?


PG Pour Madame Bachelot, ce n'était pas vraiment mon choix ! (rires) Alors moi, l'idée, c'est 30 minutes et quelques. Je trouve que 30 minutes, c'est bien pour instaurer une histoire, prendre le temps de se lâcher et aussi de se rencontrer avec son invité. Et puis parfois, on déborde quand c'est vraiment intéressant. Mais dans ma tête, il y a toujours une petite horloge qui sait à quel moment on en est, parce que je trouve ça important mentalement de se fixer un objectif de 30 minutes, une heure, 15 minutes, etc. Parce que ça te garde dans une certaine tension ou à un fil. Pour être certaine que t'es pas en train de faire n'importe quoi et de partir dans tous les sens. Donc c'est 30 minutes et quelques, et Roselyne Bachelot, j'étais trop heureuse de l'avoir. Quand je suis arrivée chez elle , elle m'a dit, "j'avais promis de vous accorder 15 minutes donc avec plaisir, j'ai 15 minutes." et moi dans ma tête, je me disais "oh non, tu ne m'avais pas dit 15 minutes !" (rires).


AFA Pour en revenir au fait de recevoir tes invités chez toi, je t'admire. Ça m'intimiderait énormément. Tu dis toi que ça te met en confiance. Moi pas du tout !


PG Déjà, ça t'oblige à faire le ménage régulièrement, ce qui est pas mal dans mon cas. Et en plus de ça, je me dis c'est génial, cet appart a tellement de good vibes, c'est trop cool, j'adore !


AFA Je comprends. Mais tes voisins doivent complètement halluciner, non ?


PG Eh ben, je sais pas. Parce que, par exemple, quand j'avais eu Laurie Thileman à la maison, il y avait des ouvriers. Je me disais ils voient débarquer l'ancienne Miss France, elle est bombastique. Eh bien non, tout le monde s'en fout ! (rires)


AFA Je suis intéressée de savoir aussi comment est ce que tu prépares tes interviews en amont ? Tu dis que tu vises à peu près une demi heure d'épisode. Du coup, est ce que tu fais beaucoup d'edits en post? Ce que tu fais beaucoup de montage ? Ou est ce que tu te concentres sur la conversation et tu ajustes à ce moment là.


PG Alors déjà, pour moi, ce n'est pas une interview, c'est une discussion et c'est une grosse nuance. Grosse nuance. C'est important parce que ça peut décevoir quelques personnes qui me laissent de gentils commentaires sur iTunes, qui sont là "honteux, elle coupe la parole, elle intervient". Bah ouais, en fait, c'est une discussion comme autour d'un café et c'est différent comme exercice. Alors en amont, j'essaye d'absorber la personnalité de l'invité que je vais avoir en face de moi. Je regarde des émissions, plein d'interviews pour sentir comment est la personne et comprendre un peu sa vibe. Entendre aussi ce qu'elle a à dire sur son passé. Ça peut être intéressant pour le jour J, mais c'est avant tout sentir l'énergie de la personne. Parce qu'en plus, moi, je ne connais pas 99% du temps quel va être l'échec dont on va me parler. On en parle cinq minutes avant et on lance le micro. Et go ! Et c'est pas plus mal, en fait. Au départ, je voulais connaître l'échec de la personne et en fait, d'expérience, je suis très contente d'avoir cette surprise parce que moi, je veux garder ma fraîcheur. Je veux garder mes expressions. Tu vois, c'est comme ça que je suis et c'est comme ça que j'ai envie qu'on me ressente. Si je connais déjà le potin et que je dois refaire le "mais non !", ben ça sonne faux et tout le monde l'entend. Durant l'interview, j'écris aucune de mes questions. J'essaye juste poser les questions qui viennent du cœur. Et puis, côté montage, ça dépend des personnalités. Il y en a qui sont plus habituées que d'autres. Par exemple, Manu Payet. J'ai très, très peu coupé parce qu'il a fait de la radio, parce qu'il est acteur. Il y a une manière de s'exprimer qui est hyper claire. De temps en temps, je coupe beaucoup parce qu'il y a de longs silences. Et puis je vais te dire un truc un peu de la honte mais je coupe pas mal mes interventions.


AFA T'imagines pas comment ça me rassure parce que moi aussi, je me coupe énormément.


PG Parfois, j'ai un peu honte de ce que je dis. Je suis un peu ridicule. J'ai un rire foireux, il y a des trucs comme ça et déjà que je me fais tacler là dessus. Je suis un peu un peu trop self aware.


AFA Des fois, tu te dis la nature humaine est quand même dingue parce que des fois, tu reçois pas 10 commentaires t'en as neuf qui sont hyper positifs, mais t'en as un qui n'est pas bon. Malheureusement, tu vas retenir celui qui n'est pas bon. C'est complètement fou quoi ! Les commentaires, ça peut être sur les réseaux sociaux comme sur Apple Podcasts. Comment tu gères justement ces trucs là?


PG Là, là, au départ, je gérais mal. Je suis très, très proche de ma mère. Donc, à chaque nouveau commentaire, je l'appelais. J'étais hypertendue, j'ai eu des interviews où carrément ça m'a bridée. Je me disais "surtout n'interviens pas trop". Et donc, du coup, je suis un peu coincée. Je suis un peu effacée. Je ne suis pas très intéressante. Et puis, au bout d'un moment, j'ai commencé à me dire mais en fait. A quel moment, l'avis d'une personne prime sur le reste ? Par exemple, le mois dernier, j'ai eu 120 000 écoutes sur mon podcast. Pourquoi est-ce qu'un seul avis déterminerait mon style ? Pourquoi est ce que cet avis serait plus important qu'une autre écoute? Et puis, dans le fond, la personne qui sent le mieux, c'est moi. C'est juste que découvrir tout à coup qu'en fait, on ne peut pas plaire à tout le monde, c'est difficile. Toute ma vie, j'ai essayé de plaire à tout le monde, mais là, je me rends compte que même si on essaye, on y arrive pas. (rires) C'est une découverte. Écoute, faut bien la faire un jour. Les derniers commentaires, parfois, ça me pique et ça me vexe. Parce que j'essaie toujours de faire de mon mieux et que malgré tout, ben ça plait pas. Par exemple, hier, j'ai lu un commentaire, c'était tellement méchant franchement, je te jure j'ai trouvé ça risible en fait. Pathétique tellement c'était violent.


AFA Mon mari me dit toujours de ne pas juger un resto par les avis sur Yelp. Bon lui est américain, donc il est plus positif à la base que moi. (rires) Il dit en fait que les gens qui sont pas contents sont ceux qui vont mettre des avis. Et les gens qui sont contents, il faut vraiment qu'il soit archi archi fans pour le faire. Mais tous les autres qui sont heureux n'ont peut être pas eu l'étincelle pour émettre un avis, mais ils sont contents. Donc faut pas juger que par ça.


PG Il a tellement raison ! Pour le coup, j'ai de la chance parce que j'ai quand même beaucoup, beaucoup d'amour par messages sur Instagram et sur iTunes. Les gens sont tellement gentils. Oh là là, j'avoue que je baigne un peu plus dans la gratitude et dans une autre vie j'étais peut-être américaine. (rires) Tu sais que la première fois que je suis allée aux États-Unis, j'avais 15 ans et je me suis dit "C'est là où je me sens bien, c'est là où je veux vivre".


AFA Ah tiens ! On t'attend. Ouais mais vous n'avez pas de congés, tu sais on en a déjà parlé (rires).


PG C'est vrai que c'est pas toujours évident. Sans transition.


AFA Une autre question est-ce que ça arrive d'avoir le trac avant de sortir un épisode?


PG Jamais avant. Quoique. Ça a peut être dû m'arriver un petit peu avant de sortir un épisode parce que parfois, je me trouve pas bonne. Les gens te jugent. Mais en fait, comme tout le monde, il y a des jours où tu es un peu fatiguée. Donc il y a des épisodes où je dirais je ne suis pas très bonne sur celui là et c'est souvent les épisodes que les gens me disent "T'étais géniale" ! Mais par contre, j'ai le trac vraiment très, très, très, très souvent avant de rencontrer une personnalité. Là ça y est, je commence à avoir un peu plus confiance en moi. Par exemple hier, j'ai enregistré avec Jérémy Frérot, un chanteur, et avant ça, j'aurais été tremblante, et alors là, je suis arrivée YOLO*. J'ai parcouru un long chemin vers la confiance en moi. Mais il y a plein de fois où j'ai encore le trac. C'est surtout avant d'avoir l'invité. D'ailleurs, très souvent après une interview, même avec quelqu'un avec qui ça s'est bien passé, j'ai besoin de faire une sieste tellement ça m'épuise émotionnellement.


AFA Mais c'est un peu comme des fois des séances de psy en fait. Tu reçois énormément et ça, ça draine.


PG C'est exactement ça et j'ai beaucoup d'empathie. Donc du coup, j'absorbe énormément et ça me sert vraiment dans le podcast. C'est super pour mon podcast. Mais effectivement, le côté négatif, entre guillemets, c'est que c'est fatiguant.


AFA J'imagine ! Je suis sûre que ton podcast t'a appris plein de choses. Qu'est ce qu'il a appris sur toi, ce qu'il t'a apporté ?


PG C'est de la confiance en moi, mais ce n'est pas de la confiance en mode : "En fait, je suis géniale". C'est plutôt de la confiance en moi en mode, je me sens bien, je me sens ancrée, je me sens là où je suis, et là où je devrais être. Et puis, à force de rencontrer des gens brillants et de réaliser qu'en fait, ils sont normaux. Je me dis que je suis aussi drôle qu'eux, ou je suis aussi sympa qu'eux, tu finis par te dire que toi aussi ! Je suis au bon endroit et ça, c'est vraiment vraiment ce que mon podcast m'a apporté. Je suis beaucoup plus sereine par rapport à qui je suis depuis ce podcast. C'est ouf, en fait, parce que je partais du niveau moins 12. On était même pas au rez-de-chaussée. Et puis, tellement de rencontres. Tu vois, nous, on se serait jamais rencontrées sans les podcasts.


Il en découle énormément de choses positives, qu'on en fasse son métier ou pas. Je crois que quoi qu'il arrive, le podcast est une super aventure.

AFA Est ce que tu pourrais me parler de ton pire fail, ton pire échec ? Un truc où ça s'est pas passé comme prévu qui t'a marquée pour ton podcast?


PG Ça fait un bout de temps déjà. Je suis sûre que j'en ai eu plein depuis, mais je trouve intéressant. Vers mon cinquième épisode, j'avais fait une interview de Fleur Pellerin par écrit pour Cosmo. J'avais gardé un bon contact avec son attaché de presse et j'ai décidé de lui demander pour le podcast. Et après plein d'échanges, il me dit OK et une date est fixée. Deux mois et demi après avoir pris le rendez vous. Imagine. C'est dire à quel point elle est prise. Et moi, je suis comme une ouf. Sauf qu'il y a un souci. C'est que j'ai un instinct très, très fort et que je sais quand ça va pas le faire. Tous les jeux concours que j'ai gagné, je le savais avant qu'on ne me l'annonce. C'est un truc bizarre ! Même si je peux me tromper aussi. Mais toutes les interviews qui ne se sont pas faites, je le savais. Et là, je n'arrivais pas à me dire "Yes, c'est génial". J'en parlais à personne, je dis à Maman "écoute, vraiment, je reste sur mes gardes parce que je ne le sens pas du tout". Et trois jours avant l'interview, je reçois un mail. C'est bien confirmé mercredi. 10H30 avec l'adresse, et tout. Je dis à ma mère "Tu vas comme quoi je me suis gourée, mon instinct n'est pas toujours le bon." Bon, je commence un peu à me détendre. Le soir même, j'ai tous mes potes pour mon anniversaire. Je dis à quelques copains en m'autorisant enfin à le dire parce que je commence à me dire que c'est du concret. Et là, la veille pour le lendemain, le mec annule en me disant qu'on le refera très prochainement. Et tu le sais que quand il n'y a pas de nouvelle date, ça n'arrivera pas. J'ai relancé. Je n'ai jamais eu de nouvelles. Cet épisode là, j'en avais fait un point clé du tournant de mon projet. Je me disais "c'est grâce à Fleur Pellerin que je vais commencer à avoir une notoriété dans le monde du podcast." ou "C'est grâce à elle que je vais réussir à avoir des invités. C'est sûr, ça va être un tournant clé dans mon podcast." J'avais mis tellement d'intentions dedans que tout à coup, tout s'effondrait. J'avais pris une journée off pour être sûre d'être reposée. Donc, toute cette journée là où j'aurais dû l'interviewer, j'avais rien. J'en ai pleuré. Le soir même, j'ai l'un de mes meilleurs amis, Julien, qui me dit "Bon, je t'invite à dîner". Pour te dire à quel point je n'étais pas bien et on fait un brainstorm. Il me dit "Ecoute, je pense à cette nana qui a fait de la politique aussi, qui était la porte parole de Macron durant sa campagne. Je pense que tu peux trouver facilement son mail." Je la contacte. J'ai une réponse une heure après. OK, go, on fait l'épisode. C'était Axelle Tissandier. Et ça m'a vraiment aidée à tourner la page et ça a fait connaître le podcast. Et puis ça m'a aidée à positiver en me disant c'est pas la fin du tout. Tu vois, j'ai eu d'autres invités où j'étais persuadée que ça allait être un tournant mais que ça ne l'a pas été. Et à l'inverse, d'autres auxquels je ne donnais pas beaucoup de crédit, ça a été un truc de malade. Et puis, l'année d'après, quasiment jour pour jour. Devine qui j'interviewais ? Roselyne Bachelot. Moi, je la trouve très drôle pour avoir eu la chance de dîner avec elle. Elle a 70 ans passés. C'est peu dire que j'aimerais être comme elle à son âge parce qu'elle est incroyablement vive. Tu parles de n'importe quoi, elle est au courant. Elle a même fait une blaque de c*l sur Brad Pitt. (rires) Je préfère finalement cette personnalité à la personnalité de Fleur.


AFA Si on en vient à toi et les podcasts : le premier podcast que tu as écouté, c'était quoi?


PG Transfert !


AFA Ben oui ! Tu as été invitée d'ailleurs dessus ?


PG Ouais, j'ai participé à Transfert. Et puis, c'est celui qui m'a fait découvrir des podcasts. J'ai binge écouté toute la saison 1 en une semaine, j'étais en transe. Je me suis dit mais c'est ouf ! Tu laisses la parole tellement aux invités. C'est fascinant. J'écoute presque plus maintenant parce que je trouve toutes les histoires négatives alors que ce n'était pas le cas avant et que moi, ça me plombe, pour être honnête. Mais les deux premières saisons étaient incroyables.


AFA C'est un des premiers podcasts auxquels j'étais complètement accro aussi.


PG Ah ouais, et toi, c'est quoi ton premier d'ailleurs ?


AFA Tout premier? Je crois que c'était Pauline Laigneau, Le Gratin.


PG Ah bon ? C'était après moi, du coup ! Quand j'ai enregistré avec elle, elle allait lancer son podcast et moi, c'était mon épisode deux.


AFA Moi, c'était à peu près quand je suis devenue maman. À la fin de ma grossesse, je suis tombé dans la marmite que je suis devenue complètement addict. Alors, en parlant de ce qu'on écoute, est ce qu'il y a un épisode qui t'a profondément marquée depuis que t'écoutes des podcasts ? S'il y avait un épisode que je devais recommander à quelqu'un qui n'en a jamais écouté, par exemple?


PG Ouah ! Allez, on va rester sur Transfert parce que j'écoute beaucoup de podcasts. . Cet épisode, personne n'en parle. C'est justement celui qui est passé juste avant le mien et je m'étais dit "tout le monde va s'en battre de mon histoire, tellement il est ouf." C'est un mec délinquant qui devient prêtre et je crois qu'il termine rabin. C'est un truc de malade. Jusqu'où peut on chercher l'amour? C'est beau ! Et tu te rends compte à quel point la notion de destin est réelle. Parfois, en tout cas, il y a des gens chez qui c'est puissant.


AFA Du coup, tu dis que tu écoutes beaucoup de podcasts. C'est quoi ton podcast du moment? Est ce a un podcast ou tu loupe jamais un nouvel épisode?


PG Écoute, en ce moment, je vais être honnête, ça fait deux mois que j'écoute plus du tout de podcasts. J'ai besoin de faire un break. Je pense que c'est la période aussi. Ne m'écoutez pas et écoutez tous les épisodes de La Leçon. C'est bien le podcast ! Mais en ce moment, je suis dans la musique.Sur mon Spotify, c'est wild. Il y a du Alpha One, du Anne Sylvestre, du Tchaikovsky, du liner de Skynyrd. Du Selena Gomez. (rires) Est ce que je vous le recommande? Pas forcément. Dites-vous que dans mon cerveau, c'est comme ça. (rires)


AFA On arrive à la fin de cet épisode. Est ce qu'il y a un conseil que tu aurais aimé qu'on te donne quand tu t'es lancée? Et du coup, tu pourrais partager avec nous?


PG Oui, vraiment. Ce n'est pas grave que tout ne soit pas parfait et de toute façon, vos épisodes y seront vraiment loin d'être parfaits.


Arrêtez d'attendre la perfection. L'invité idéal. Le lieu idéal. Le moment idéal pour vous lancer parce que vous avez jamais le faire. Moi, j'ai attendu six mois parce que je voulais un truc parfait. C'est ridicule. En fait, j'aurais pu commencer bien plus tôt, avoir plus de succès en me foutant moins la pression.

AFA Un joli conseil que j'adore. Alors merci ! Qu'est ce que tu penses que tu serais si tu n'étais pas lancée dans ton podcast du coup, il y a 3 ans ?


PG J'ai gagné 10 ans de maturité avec mon podcast. Parce qu'en plus auto-entrepreneur et podcast, ça apprend beaucoup. Je serais vraiment une adulte qui se cherche et qui est triste de pas se trouver, je pense. Je serais probablement au même endroit où j'étais en me disant que je ne suis pas capable d'aller plus haut, plus loin ou ailleurs. Je pense que je serais une adulte qui a peur de l'inconnu. Et le podcast m'a poussée à vraiment sortir de ma zone de confort et à me prouver qu'en fait, en dehors de ta zone, c'est pas mal aussi. Tu vois, il y a des choses à regarder, il y a des choses à faire. C'est franchement une sacrément belle déclaration d'amour pour ce que tu fais au quotidien.


AFA Qu'est ce qu'on te souhaite du coup, pour la suite ?


PG De la money, il me faut de la money du podcast. On me souhaite plein d'écoutes, des invités passionnants, de gagner ma vie de façon stable et d'être en bonne santé. Je crois que c'est ce que nous apprend l'année 2020.


AFA C'est clair. Ecoute, c'est tout ce que je te souhaite. Un petit mot de la fin ?


PG Un petit mot de la fin? Bah, écoute... Longue vie à ton nouveau projet auquel je crois beaucoup et je suis sûre que l'on va découvrir plein plein de nouveaux podcasts. Et qui sait, peut-être que grâce à toi, je vais peut être me remettre dans la découverte de podcasts !


AFA Challenge accepted ! (rires) J'espère en tout cas. Merci beaucoup Pauline. À bientôt !


PG Merci beaucoup, à très vite.


Écoute l'épisode avec Pauline Grisoni juste ici.



* YOLO : You Only Leave Once, expression américaine pour expliquer que l'on n'a qu'une vie


Texte retranscrit à partir de l'épisode 5 de Génération Podcast. Edité pour la compréhension.

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